
"BASIC"
QUESTIONS TO INSPIRING MINDS
Série d'interviews
04 2026
Grégory Voisin
Président &
toxicologue en chef
TOXI PLAN
Depuis 2019
Qu’est-ce qui t’a amenée vers le secteur cosmétique ?
Originaire des îles du Pacifique (Nouvelle-Calédonie et Polynésie française), j’ai grandi dans un environnement où la nature est centrale et constitue une ressource précieuse, à la fois pour les communautés locales et pour des industries globales comme la santé, la nutrition et la beauté.
Au cours de mes études en toxicologie et en ingénierie biomédicale, pharmaceutique et cosmétique en France, j’ai développé une solide expertise scientifique qui m’a naturellement orienté vers l’industrie cosmétique, avec l’ambition à long terme de développer des actifs issus des îles du Pacifique.
Qu’est-ce qui te touche, t’inspire ou te passionne dans les produits cosmétiques ?
Au début de ma carrière en formulation, j’étais particulièrement inspiré par la capacité à créer une grande diversité de produits cosmétiques finis. Je me suis ensuite spécialisé en toxicologie réglementaire et en évaluation de la sécurité des produits cosmétiques afin de mieux comprendre ce qui se passe au-delà de la formulation, notamment en matière de conformité et de sécurité des produits.
En maîtrisant l’ensemble du processus R&D, j’ai ensuite élargi mes compétences à la communication, au marketing et au business international à travers mes activités entrepreneuriales dans le domaine cosmétique.
Ce qui me motive aujourd’hui, c’est cette vision globale, de l’idée initiale jusqu’à la mise sur le marché.
Je suis particulièrement passionné par les projets cosmétiques complexes, qui me stimulent intellectuellement et me permettent de faire le lien entre science, réglementation et stratégie.
Comment mets-tu en valeur la science derrière vos produits et quels défis rencontres-tu dans cette démarche ?
En tant que toxicologue réglementaire, mon rôle est essentiel pour valider la sécurité des produits cosmétiques, conformément à l’Annexe I du Règlement Cosmétique européen (CE) n°1223/2009. L’expertise scientifique est donc un élément clé pour permettre aux produits d’accéder au marché.
Mettre en valeur la science derrière les produits consiste à traduire des données de sécurité complexes en une documentation claire, robuste et conforme, qui soutient à la fois les exigences réglementaires et les décisions business.
Les principaux défis que je rencontre sont souvent liés à des délais de développement courts, à une documentation technique incomplète ou non conforme concernant les matières premières ou les packagings primaires, ainsi qu’à des situations où des tests sont initiés sans évaluation toxicologique et réglementaire préalable.
Cependant, mon expérience stratégique me permet de débloquer même des projets complexes ou mal initiés. Comme je le dis souvent, un bon toxicologue est quelqu’un qui sait dire non, mais qui propose toujours des solutions (au moins trois) pour faire avancer le projet tout en maîtrisant les coûts et en accélérant les délais.
Un produit ou une innovation dont la communication t’a semblé particulièrement juste ou inspirante ?
Je suis particulièrement inspiré par les produits cosmétiques ayant fait l’objet d’une évaluation écotoxicologique approfondie, notamment lorsqu’elle repose sur des approches structurées comme la méthodologie brevetée eToxiSafe de Toxi Plan.
L’écotoxicologie est au cœur de la raison d’être de Toxi Plan, et je suis convaincu que la communication environnementale doit être maîtrisée avec rigueur afin de garantir la conformité et d’éviter les allégations trompeuses. Lorsque l’expertise réglementaire est combinée à de solides compétences marketing, cela permet aux marques de communiquer de manière précise et crédible sur l’impact environnemental de leurs produits.
C’est particulièrement crucial pour les produits rincés et les produits solaires, qui, après utilisation, sont directement rejetés dans l’environnement. Dans ce contexte, une communication transparente et fondée devient à la fois une exigence réglementaire et une responsabilité.
Y a-t-il une idée reçue que tu aimerais déconstruire, en interne ou en externe ?
Une idée reçue que je rencontre souvent est que l’évaluation de la sécurité des produits, bien qu’obligatoire, est perçue comme une contrainte, un coût, un délai ou une charge supplémentaire dans le développement des projets cosmétiques. En conséquence, les toxicologues réglementaires sont parfois perçus comme un frein au business.
En réalité, cette perception est erronée. Un toxicologue réglementaire doit être vu comme un véritable allié. Lorsqu’il est doté d’une vision stratégique et d’une bonne compréhension des enjeux business, il permet aux entreprises de prendre des décisions éclairées, d’éviter des erreurs coûteuses et, au final, d’accélérer l’accès au marché plutôt que de le ralentir.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui débute ? Ou une chose que tu aurais aimé comprendre plus tôt ?Pour les non-toxicologues, mon conseil serait de ne pas s’appuyer sur l’IA générative pour évaluer la sécurité des produits. À ce stade, ces outils ne sont pas suffisamment fiables pour ce type d’évaluations critiques.
Pour les toxicologues en début de carrière, je déconseillerais fortement l’utilisation de l’IA générative sans expérience solide. Sans bases scientifiques et réglementaires robustes, il existe un risque réel de commettre des erreurs significatives.
L’IA peut être un outil puissant, mais uniquement entre les mains de professionnels expérimentés capables d’en analyser et valider les résultats de manière critique.
Qu’est-ce que j’ai oublié de te demander ?
Une question que tu aurais pu poser est celle de notre rencontre. Nous avons en effet travaillé ensemble chez Johnson & Johnson en 2018, à une période où je débutais tout juste ma carrière à l’international.
À cette époque, j’ai eu l’opportunité de rencontrer un toxicologue senior exceptionnel, Adama Traoré, qui est devenu un véritable mentor pour moi. Ensemble, nous étions responsables de l’évaluation de plus de 1 500 formules cosmétiques dans la région EMEA. C’était intense, mais extrêmement formateur.
Je me souviens encore d’une chose qu’il m’a dite et qui ne m’a jamais quitté : un toxicologue ne doit jamais bloquer le business. À ce moment-là, j’étais encore en début de carrière et souvent hésitant à prendre des décisions, même lorsque le risque était bien maîtrisé. Cet état d’esprit a profondément influencé ma manière de travailler aujourd’hui.
Souhaites-tu terminer par une réflexion, une conviction ou une anecdote ? :
Je suis convaincu que la réussite de projets ambitieux, qu’ils soient entrepreneuriaux ou non, repose sur le fait de s’entourer des bons partenaires.
Construire des relations professionnelles solides ne repose pas uniquement sur l’expertise, mais aussi sur l’état d’esprit et les qualités humaines.
03 2026
ÉDITION SPÉCIALE
AFFAIRES RÉGLEMENTAIRES
Caroline Bassoni
Directrice Affaires Réglementaires
COSMED
Depuis 2022
Qu’est-ce qui t’a amenée vers le secteur cosmétique ?
Étudiante en pharmacie, j’ai été attirée par le secteur cosmétique pour son dynamisme et son rythme constant d’innovation, à la croisée de la science et de la créativité.
Qu’est-ce qui te touche, t’inspire ou te passionne dans les produits cosmétiques ?
Ce qui me passionne, c’est la réinvention permanente du secteur, avec de nouvelles sources d’inspiration et des concepts innovants, récemment la neuroscience ou le microbiome.
Un produit ou une innovation dont la communication t’a semblé particulièrement juste ou inspirante ?
La science ne devrait pas être un secret. J’apprécie les marques qui éduquent les consommateurs par exemple avec le décryptage de la liste INCI.
Y a-t-il une idée reçue que tu aimerais déconstruire, en interne ou en externe ?
Une idée reçue fréquente est de voir les affaires réglementaires comme une fonction routinière et administrative, alors qu’il s’agit d’un rôle clé, transversal, qui demande discernement, pédagogie et créativité notamment pour coconstruire des allégations à fort impact.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui débute ? Ou une chose que tu aurais aimé comprendre plus tôt ?Crois en toi et reste ouvert aux opportunités : on sous-estime souvent ce dont on est capable.
Et face à un dossier complexe, découpe-le et avance étape par étape.
QUESTIONS ADDITIONNELLES
Quel est selon toi le défi le plus sous-estimé des affaires réglementaires aujourd’hui – et comment le gères-tu personnellement ?
Un défi souvent sous-estimé est la technicité croissante des réglementations – comme pour les microplastiques ou les PFAS – qui impose de comprendre la science sous-jacente pour orienter la stratégie des marques. Il faut s’appuyer sur le soutien d’experts, de consultants expérimentés et des associations professionnelles.
Qu’est-ce qui te passionne dans les affaires réglementaires, qu’aimes-tu exprimer ou accomplir contre toute attente ?
Apprendre chaque jour : les nouvelles réglementations exigent de comprendre la science qui les sous-tend. C’est aussi un rôle qui développe les soft skills, en rendant des sujets complexes accessibles, en accompagnant les équipes et, in fine, en permettant le développement du business tout en garantissant la sécurité des consommateurs.
01 2026
Pascal Richart
Documentation Scientifique
L'Oréal
Qu’est-ce qui t’a amené(e) vers le secteur cosmétique ?
L’envie de découvrir un domaine en plein essor et où la Recherche était mise en avant.
Qu’est-ce qui te touche, t’inspire ou te passionne dans les produits cosmétiques ?
Ce qui me passionne c’est l’innovation permanente.
Comment mets-tu en valeur la science derrière vos produits et quels défis rencontres-tu dans cette démarche ?
La science est présente en permanence dans notre métier : il faut connaître les mécanismes de la peau, la science de la formulation pour créer des textures innovantes, être en conformité avec la réglementation, réaliser de nombreuses analyses, puis des tests cliniques.
Un produit ou une innovation dont la communication t’a semblé particulièrement juste ou inspirante ?
Je pense à Celestial Rose Palette de Lancôme lancée fin 2024, j’ai trouvé la communication totalement juste et le visuel extraordinaire, un extrait : « Aussi précieuse qu'un bijou, chaque teinte est embossée d'un motif étoilé fascinant. À l'extérieur, un boîtier en métal rose doré arbore la légendaire rose Agora, estampée de détails évoquant la voute céleste. »
J’ai trouvé que pour les fêtes de fin d’année cette communication faisait rêver.
Y a-t-il une idée reçue que tu aimerais déconstruire, en interne ou en externe ?
J’ai déjà entendu dire en externe qu’il n’était pas nécessaire d’utiliser de produit solaire lorsqu’il n’y avait pas de soleil !
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui débute ? Ou une chose que tu aurais aimé comprendre plus tôt ?
Je dirai à quelqu’un qui débute qu’il faut vivre son métier avec passion.
Qu’est-ce que j’ai oublié de te demander ?
Comment va évoluer notre métier avec l’arrivée de l’IA.
Souhaites-tu terminer par une réflexion, une conviction ou une anecdote ?
Une conviction : La cosmétique continuera à nous surprendre avec toujours plus d’innovation.
12 2025
Gaël Boutry
Fondateur de GBC
Depuis 2017
Qu’est-ce qui t’a amené(e) vers le secteur cosmétique ?
La curiosité scientifique de comprendre ce qu'il y avait derrière les listes d'ingrédients.
Qu’est-ce qui te touche, t’inspire ou te passionne dans les produits cosmétiques ?
Je suis un amoureux de la texture, de la galénique et l'innovation couplée de la formule et du process.
Comment mets-tu en valeur la science derrière vos produits et quels défis rencontres-tu dans cette démarche ?
On couple la folie des idées créatives sans limite, la science pour comprendre et imaginer les phénomènes et ensuite la dimension industrielle trop souvent négligée en innovation. La "touillette" de labo ne m'intéresse pas ca doit pouvoir s'industrialiser !!!
Un produit ou une innovation dont la communication t’a semblé particulièrement juste ou inspirante ?
Pataploof de Nailmatic®.
Y a-t-il une idée reçue que tu aimerais déconstruire, en interne ou en externe ?
Le bio, le naturel est plus safe que la synthèse. Il suffit de prendre le sujet des métaux lourds et on aura tout compris !
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui débute ? Ou une chose que tu aurais aimé comprendre plus tôt ?J'aurais du m'entourer plus tôt de personnes ou de prestataires capables de faire des choses qui ne sont pas de ma plus value (compta, facturation...).
Souhaites-tu terminer par une réflexion, une conviction ou une anecdote ?
Innover avec conscience, formuler avec exigence.
11 2025
Nathalie Dabin
Fondatrice de Mademoiselle Cosmétique
Depuis 2019
Qu’est-ce qui t’a amené(e) vers le secteur cosmétique ?
Créative et passionnée de chimie et de produits cosmétiques, le métier de formulateur me correspondait parfaitement.
Qu’est-ce qui te touche, t’inspire ou te passionne dans les produits cosmétiques ?
La créativité, pouvoir inventer de nouveaux produits, de nouvelles applications, de nouveaux gestes.
Comment mets-tu en valeur la science derrière vos produits et quels défis rencontres-tu dans cette démarche ?
Utiliser au quotidien des ingrédients cosmétiques et suivre des process scientifiques pour créer des produits capillaires naturels, bons pour les cheveux, la santé humaine et l'environnement. Tout cela en respectant un cahier des charges strictes et en conformité avec la réglementation européenne.
Y a-t-il une idée reçue que tu aimerais déconstruire, en interne ou en externe ?
Prouver que la mousse d'un shampoing n'est pas indispensable et qu'au contraire trop de mousse agresse les cheveux.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui débute ? Ou une chose que tu aurais aimé comprendre plus tôt ?Se faire confiance et ne pas copier ce que les autres font ! Suivre son intuition.
Qu’est-ce que j’ai oublié de te demander ?
Si j'aime mon métier et la réponse est un grand OUI !
Souhaites-tu terminer par une réflexion, une conviction ou une anecdote ?
Je souhaite que l'on prenne conscience de l'importance des cheveux et du soin que l'on doit leur apporter au quotidien ! Ce sont nos antennes !!!
10 2025
Mélanie Louchart
Spécialiste en lancement de produits
chez A. Emulsion
Depuis 2023
Qu’est-ce qui t’a amené(e) vers le secteur cosmétique ?
Le pouvoir de la nature pour améliorer sa qualité de vie quotidienne !
Après des études de biologie, j'ai eu la chance de développer et lancer des produits dermatologiques pendant une quinzaine d'années pour des petites et grandes marques (Noreva, NovExpert, Garnier, L'Oréal, Neutrogena, Biafine...).
Qu’est-ce qui te touche, t’inspire ou te passionne dans les produits cosmétiques ?
Le pouvoir d'améliorer le quotidien des gens physiquement (gel nettoyant, crème apaisante...) mais également émotionnellement (bien-être, estime de soi, relaxation, sociabilisation...), et la créativité infinie que ça offre de part les textures, actifs, parfums, packagings...
Comment mets-tu en valeur la science derrière vos produits et quels défis rencontres-tu dans cette démarche ?
C'est important de valoriser la science au service de la santé du client, mais de manière authentique et juste. Ce qui demande de connaître les cadres juridiques et réglementaires, ainsi que les connaissances de son client pour rendre accessible cette science technique.
Un produit ou une innovation dont la communication t’a semblé particulièrement juste ou inspirante ?
Le gel douche bébé "Head To Toe" de Johnson's baby qui claim : "as gentle as pure water" (aussi doux que de l'eau) que je trouve puissant, qui montre toute l'exigence dans la conception du produit, par rapport à LA référence de neutralité qu'est l'eau, et surtout qui est documenté par de robustes études cliniques.
Y a-t-il une idée reçue que tu aimerais déconstruire, en interne ou en externe ?
On décrie beaucoup les industriels pour préférer des marques niches, qui se lancent. Vouloir changer les codes et moderniser le secteur est top, il y a de belles innovations, mais certaines jeunes marques surfent sur des claims/revendications produit sans avoir de preuve robuste pour soutenir ce qu'elles avancent ou même sans respecter la réglementation... alors qu'on parle de la santé des personnes.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui débute ? Ou une chose que tu aurais aimé comprendre plus tôt ?Si tu lances ta marque de produit cosmétique, prévoit dans ton Business Plan de t'entourer d'experts pour gagner 10 ans d'expérience et éviter des erreurs coûteuses (ré-étiquetage, destruction de production, retrait de produits, retard lancement...).
Qu’est-ce que j’ai oublié de te demander ?
Comment j'utilise toute mon expérience cosmétique (et food) maintenant ?
Je m'assure que les dirigeants atteignent leurs objectifs de lancement produit avec un plan stratégique et opérationnel.
Souhaites-tu terminer par une réflexion, une conviction ou une anecdote ?
Mon mantra qui illustre bien l'alchimie d'un produit cosmétique à partir d'ingrédients bruts : "Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme".
09 2025
Angélique Jacquet
Directrice Excellence Valorisation Scientifique
L'Oréal
Depuis 2008
Qu’est-ce qui t’a amené(e) vers le secteur cosmétique ?
Ma passion pour les produits, les sciences de la chimie et de la biologie, le plaisir, le bien-être et la beauté.
Qu’est-ce qui te touche, t’inspire ou te passionne dans les produits cosmétiques ?
La sensorialité du toucher, de l’odorat et la satisfaction du résultat (efficacité), la découverte et l’innovation scientifique.
Comment mets-tu en valeur la science derrière vos produits et quels défis rencontres-tu dans cette démarche ?
C’est mon métier et la liste est longue. Valoriser la science est avant tout une compétence soft skill: adapter son discours en fonction de celui qui va l’accueillir. Valoriser c est s’adapter et transmettre sa passion.
Un produit ou une innovation dont la communication t’a semblé particulièrement juste ou inspirante ?
Reverse science de Dior.
Absolue longevity Lancôme avec la L’OREAL intégrative science.
Elsève booster et glycolic gloss.
Shiseido skincare.
Estée lauder.
Y a-t-il une idée reçue que tu aimerais déconstruire, en interne ou en externe ?
Il faut beaucoup d’humilité pour être valorisateur.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui débute ? Ou une chose que tu aurais aimé comprendre plus tôt ?
Le timing et les enjeux financiers priment.
Qu’est-ce que j’ai oublié de te demander ?
Quels produits j’utilise ?
Souhaites-tu terminer par une réflexion, une conviction ou une anecdote ?
La star c'est le produit.
Ensemble on va plus loin !
08 2025
Marie David Gion
Directrice Associée
Kenvue
Depuis 2022
Qu’est-ce qui t’a amené(e) vers le secteur cosmétique ?
Je suis arrivée finalement en cosmétique un peu par hasard...Mon souhait été de travailler sur le développement de produits qui allait toucher le consommateur dans sa vie quotidienne mais je n'avais pas forcément en tête de me restreindre au domaine cosmétique. J'ai d'ailleurs commencé ma carrière au développement de produit ménager (cirage chaussure, entretien sols et meubles) ce n'est qu'ensuite qu'une opportunité interne dans mon entreprise à l'époque m'a fait découvrir le monde de la cosmétique que je n'ai pas quitté depuis (17 ans déjà!)
Qu’est-ce qui te touche, t’inspire ou te passionne dans les produits cosmétiques ?
Ce que j'aime avant tout (en lien avec ma passion de départ) c'est principalement que ce sont des produits du quotidiens pour nos consommateurs. Mais que ces 'petit rien' du quotidien, ont parfois un rôle clé dans la vie de nos consommateurs. Nous recevons parfois des témoignages poignant de consommateurs pour qui nos produits leur ont changé la vie (notamment sur les peaux atopiques, acnéiques etc.) Il n'y a pas de meilleure reconnaissance que celles de nos consommateurs directs.
Comment mets-tu en valeur la science derrière vos produits et quels défis rencontres-tu dans cette démarche ?
Aujourd'hui, de part les marques sur lesquelles je travaille qui sont principalement globales, mon rôle est surtout de relayer la science qui a déjà été construite autour de nos innovations par les équipes globales auprès de nos clients (retailers, pharmaciens) et consommateurs dans la région. Cela se traduit par des évènements avec des influencers, medias avec des présentations au retailers/HCP, des démonstrations de l'efficacité de nos produits etc. Le challenge principal etant de devoir prioritiser, et donc former des équipes plus locales pour se faire le relais de la science au niveau local dans les marchés/sur les marques moins prioritaires.
Un produit ou une innovation dont la communication t’a semblé particulièrement juste ou inspirante ?
J’ai bien aimé la récente campagne menée par Neutrogena aux États-Unis pour leur gamme solaire Ultra Sheer, avec John Cena pour illustrer la texture invisible du produit. Ce n’est pas un exemple marquant de vulgarisation scientifique, mais c’est une excellente démonstration d’une campagne claire, mémorable et qui casse les codes, en s’éloignant des traditionnels mannequins beauté.
Je pense que j’ai un biais quand il s’agit de campagnes “scientifiques” : je repère tout de suite les mentions légales, les tournures de claims, les astuces de formulation… Du coup, je ne les perçois pas du tout comme un consommateur moyen le ferait.
Y a-t-il une idée reçue que tu aimerais déconstruire, en interne ou en externe ?
La course aux pourcentages élevés d’ingrédients : c’est trop souvent un raccourci utilisé à la place d’une vraie démarche scientifique.
L’efficacité d’un produit ne repose pas uniquement sur certains ingrédients isolés, mais sur l’ensemble de la formule.
Un ingrédient peut parfois être plus performant à faible concentration si la formule qui le contient est bien construite et inversement.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui débute ? Ou une chose que tu aurais aimé comprendre plus tôt ?
Relativiser. Dans toutes mes expériences, toutes mes entreprises, j'ai parfois du faire des compromis, mettre en application des décisions qui n'étaient pas les miennes. Mais lorsque l'on reste dans le secteur des cosmétiques, il faut garder le recul suffisant: cela reste des produits du quotidiens, sans enjeux majeurs, et pour la plupart une alternative est déjà disponible sur le marché pour nos consommateurs (même si pas encore optimale). Ne pas mettre en jeu sa santé mentale pour ces contrariétés, et si cela devait être le cas, changer d'entreprise pour coller au mieux à ses propres valeurs.
07 2025
Diane Baras
Dirigeante et coach
YOLO Conseil & Coaching
Depuis 2019
Qu’est-ce qui t’a amené(e) vers le secteur cosmétique ?
Un hasard (ou presque) ! J'étais en études d'ingénieur et en toute honnêteté j'étais profondément malheureuse car je faisais alors de la science pour la science, ce qui - pour moi - manque de sens ou du moins ne me comble pas. J'ai besoin d'avoir un impact clair. Lorsque j'étais en troisième année d'études, j'ai recherché mon stage de fin d'études : rien ne me plaisait.... au point que j'ai envisagé de bosser chez McDonald's le temps de me reconvertir. Et puis, quelques jours avant la deadline pour trouver son stage arrive une proposition de chez L'Oréal, dont l'intitulé était "comprendre la diffusion de la lumière dans la peau pour savoir pourquoi certaines femmes japonaises parlent de teint transparent et lumineux". En toute honnêteté, je n'avais rien compris à l'énoncé du stage, mais par contre ça me paraissait mystérieux et poétique... Il y avait quelque chose d'extrêmement attractif. J'ai postulé. Dès le premier jour j'ai compris que j'étais - enfin - à ma place. Avec l'âge, j'ai réalisé que la cosmétique utilise la science pour avoir de l'impact, notamment pour les femmes, pour valoriser leur beauté, mais aussi leur estime de soi. À cela s'ajoute une dimension artistique très forte qui m'a toujours fascinée. À l'époque je n'ai pas mis les mots en ce sens mais je pense aujourd'hui que véritablement le monde cosmétique me permettait d'exprimer toutes mes sensibilités et singularités pour un bel objectif.
Qu’est-ce qui te touche, t’inspire ou te passionne dans les produits cosmétiques ?
Ce qui me touche dans les produits cosmétiques, c'est l'impact qu'ils vont avoir sur la femme. Pour certaines femmes, la cosmétique ouvre à un moment pour prendre soin de soi, pour se respecter, pour se transformer, pour se faire du bien. C'est un moment unique. C’est également un moment ultra sensoriel, presque de poétique. C'est pour toutes ces raisons que je trouve les produits cosmétiques magiques.
Aussi, derrière la cosmétique il y a à la fois la rationalité de la science, mais aussi la magie de la créativité. La cosmétique c'est un monde qui sait être à la croisée des chemins entre rationnel et irrationnel, entre sérieux et décalé. C'est un monde des paradoxes. C’est un monde qui rassemble des expertises très différentes pour créer quelque chose d’unique et magique.
Comment mets-tu en valeur la science derrière vos produits et quels défis rencontres-tu dans cette démarche ?
Comment j'ai mis en valeur la science derrière les produits ?
À mon sens, la science peut être facilement mise en valeur quand elle répond à un besoin.
Et quand elle permet une véritable amélioration de vie.
L’écueil réside toutefois dans un discours trop scientifique qui devient élitiste. Il y a un enjeu à « doser » la science et trouver une bonne balance entre d’un côté la science et la rationalité et de l’autre côté la créativité, l’artistique et l’imaginaire. Mettre le curseur au bon endroit est loin d'être simple.
Un produit ou une innovation dont la communication t’a semblé particulièrement juste ou inspirante ?
Que de vieux souvenirs !
Quand j'étais à la direction marketing international chez L’oreal Paris, à ce moment-là est arrivé un nouveau directeur général, Cyril Chapuis qui a balayé la façon de communiquer et de faire les pubs avec quelque chose de très dépoussiéré, beaucoup plus jeune, beaucoup plus moderne.
Il y avait à ce moment-là presque de l’insolence.
J’avais trouvé admirable la façon dont il avait su ré-inventer à ce moment-là la marque L’Oréal Paris pour lui donner un nouveau souffle beaucoup plus moderne.
Je me souviens notamment de l'utilisation de la musique, une musique extrêmement dynamique. Et pour autant, les les morceaux musicaux n’étaient pas forcément les tubes du moment. Il y avait une vraie recherche musicale pour identifier des partitions qui disaient beaucoup.… car inconsciemment la musique était évocatrice d'efficacité produit. C’était un claim caché. Presque plus puissant que les claims chiffrés de l’époque. C’était smart car incontestable !!!
Y a-t-il une idée reçue que tu aimerais déconstruire, en interne ou en externe ?
L'idée reçue que j'aimerais déconstruire en interne et externe, c'est surtout le fait que la cosmétique est « cosmétique » au sens de « inutile » / « futile ».
Non la cosmétique est puissante. C’est un moyen, qui s’inscrit dans une démarche holistique, de bien-être et qui permet d’améliorer l’estime de soi. Aujourd’hui, je suis Coach. J’agis avec d’autres techniques sur l’estime de soi. Pour autant, le spectre d’action est large. Et la cosmétique a sa place.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui débute ? Ou une chose que tu aurais aimé comprendre plus tôt ?
Mettre de "soi" dans son job : sa singularité, sa "touch", son "essence". C'est ça qui contribue à rendre le job passionnant, à le réinventer et à faire progresser la cosmétique.
Qu’est-ce que j’ai oublié de te demander ?
Quel est l'après cosmétique ? Parce qu'il y a une vie après la cosmétique. Dans mon cas, je suis devenu Coach et je travaille à développer la confiance en soi des hommes des femmes pour leur permettre de dépasser les problématiques qu’ils rencontrent au quotidien, que ce soit des problématiques professionnels ou personnel. Tout ça contribue encore une fois encore à améliorer l'estime de soi des gens. Donc finalement j'ai un mode d'action qui est radicalement différent de la cosmétique, mais qui poursuit un même objectif.
06 2025
Nathalie Issachar
Directrice R&D
Clarins
Qu’est-ce qui t’a amené(e) vers le secteur cosmétique ?
C’était mon rêve depuis l’enfance. Je voulais développer des parfums, des crèmes et du maquillage. "J'empruntais" ceux de ma mère. J’ai réussi à suivre la voie, entre études et expériences professionnelles, pour le réaliser !
Qu’est-ce qui te touche, t’inspire ou te passionne dans les produits cosmétiques ?
L’émotion qu’ils procurent aux personnes qui les utilisent, ainsi que le bien-être qu’ils apportent, en plus de leurs bénéfices revendiqués.
Comment mets-tu en valeur la science derrière vos produits et quels défis rencontres-tu dans cette démarche ?
En expliquant les mécanismes biologiques que les actifs ciblent. En détaillant les bénéfices qu’ils apportent. À travers des revendications biologiques et cliniques. Chiffrées quand c’est possible. Et grâce à des photos avant/après, très convaincantes pour les consommateurs.
Un produit ou une innovation dont la communication t’a semblé particulièrement juste ou inspirante ?
Le Double Serum de Clarins.
Y a-t-il une idée reçue que tu aimerais déconstruire, en interne ou en externe ?
Que "les plantes sont douces, mais n’ont pas vraiment d’effet sur la peau". Or, certains des médicaments les plus efficaces viennent justement des plantes.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui débute ? Ou une chose que tu aurais aimé comprendre plus tôt ?
Suis tes rêves. Vise la lune.
Qu’est-ce que j’ai oublié de te demander ?
"Est-ce plus difficile pour une femme de faire carrière ?" Ma réponse aurait été NON !
